dimanche 6 janvier 2008

Nouvelles gauches en Amerique Latine


Par Hugo Bruel


De nombreux médias et analystes parlent à l'heure actuelle d'un véritable virage à gauche de l'Amérique Latine. La mise en place de ce phénomène n'est pas récent, mais c'est bel et bien au cours des années 2005 et 2006 que s'accentue et se radicalise la mise en place de cette nouvelle géopolitique continentale. Pourtant, ce mouvement est loin d'être homogène, tant du point de vue des idéologies et doctrines en présence que des moyens mis en œuvre par les gouvernements pour appliquer leurs programmes économiques, sociaux, politiques. Il n'y a en effet pas beaucoup de points communs entre le Venezuela chaviste et le Chili de M. Bachelet, ou l'équateur de V. Correa. Peut-on parler d'un véritable consensus continental autour d'objectifs politiques communs ?Existe-t-il un point de convergence entre ces différents gouvernements établis dans des contextes politiques et culturels extrêmement variables ?La diversité des gouvernements dit de gauche en Amérique latine semble indiquer qu'il n'existe pas de véritable alignement sur une politique commune, aussi bien intérieure qu'extérieure. On peut cependant remarquer la présence de plusieurs courants majeurs au sein de ce sous continent.


Hugo Chavez comme chef de file du courant radical et anti-américain


Le Venezuela de Chavez qui vit en ce moment une « révolution bolivarienne », mélange de démocratie participative et de tradition socialiste, héritée entre autre de Cuba, avec toujours l'omniprésence des idées du héros national, Simon Bolivar. H. Chavez incarne un renouveau du radicalisme en Amérique Latine, et est parfois considéré comme l'héritier de Fidel Castro. Il est vrai qu'en matière de relations internationales, le Venezuela a repris le flambeau de pourfendeur de l'impérialisme américain, de dénonciateur d'un ordre international unilatéral et des inégalités sociales criantes du tiers monde en général. Les discours fleuves de Mr Castro ont étés remplacés par les commentaires acides et souvent injurieux du président du Venezuela à l'encontre de G.W Bush. En effet, face à Cuba épuisé par un demi-siècle d'embargo, dans une situation économique fragile, le Venezuela bénéficie de l'arme pétrolière, qui étend considérablement l'influence continentale de ce pays et de son chef d'Etat.La gauche radicale sud-américaine a trouvée en Chavez son meneur. Evo Morales, président de Bolivie depuis 2005, est affilié à Chavez de par ses projets radicaux en matière de nationalisation (Suez par exemple, et surtout le gaz bolivien) et de par son discours anti-américain, anticapitaliste, antilibéral. La Bolivie, qui a connu énormément de coups d'Etat de push au cours de son histoire contemporaine, vit un véritable virage politique, avec l'accession d'un indien à la présidence et l'ouverture du débat longtemps tabou a propos des énormes inégalités sociales et du faible développement du pays (considéré comme l'un des plus pauvre du continent).Ces deux pays, leurs deux gouvernements, incarnent un radicalisme qui est parfois freiné par la conjoncture économique continentale et mondiale (le Venezuela est très dépendant des cours du pétrole, et continue d'exporter massivement des hydrocarbures aux Etats-Unis malgré la rhétorique guerrière de Chavez). Ils ne se démarquent pas tellement par leur gestion des problèmes sociaux et économiques propres à leurs pays, mais plutôt par l'idéologie et la conception du monde qui émanent de leurs discours. D'ailleurs, l'ex-ministre chilien Ignacio Walker qualifie ces gouvernements de néo-populistes.


La social-démocratie, le socialisme modéré : le cas du Brésil, de l'Equateur.


Le Brésil occupe une place un peu particulière en Amérique du Sud. Pays émergent, futur géant économique, il compte pour 50% du RNB global de ce continent.Son importance économique et démographique est considérable. Elu en 2002, Lula Da Silva, ouvrier métallurgiste au passé de syndicaliste, accède à la présidence en inquiétant fortement les milieux financiers (les investissements étrangers avaient baissé de 22 milliards de dollars en 2003 par peur du premier gouvernement de gauche du Brésil). Pourtant, bien qu'étant à la base extrêmement radical dans ses propos et dans ses actions, Lula accepte le jeu du FMI et choisi la voie de l'orthodoxie économique. Le Brésil suit donc la voie de l'économie de marché, de libéralisme économique, tout en mettant en place des politiques sociales d'envergure (notamment en voulant éradiquer la faim au Brésil). De plus, Lula souhaite acquérir une certaine autonomie vis-à-vis des Etats-Unis, et fait du Brésil le leader du Mercosur.Bien que dépeint par l'opposition équatorienne comme un populiste à la Chavez, Rafael Correa se situe dans une continuité de Lula, dans le sens où il n'est pas opposé à l'économie de marché, tout en souhaitant une réelle indépendance de l'Equateur, petit pays réputé ingouvernable, dans une situation économique très précaire (le Sucre, monnaie nationale, a même été abandonnée au profit du dollar en 2000). Elu en 2006, Correa veut entre autres renégocier la dette externe de l'Equateur, et renégocier les concessions pétrolières des multinationales installées dans le pays. Ce nouveau président se positionne donc bien comme de gauche, mais d'une gauche modérée et consciente du contexte internationale.


Le pragmatisme du Cône Sud


Les pays du cône sud ont aussi suivi le mouvement global de « gauchisation » des gouvernements latino-américains, mais d'une manière plus nuancée.En premier lieu, Le Chili vit depuis la fin de la dictature de Pinochet une transition démocratique sous le signe du pouvoir de la « concertation pour la démocratie » rassemblant les partis du centre-gauche. Les gouvernements sont favorisés par une bonne conjoncture économique, et sont bien appuyés par l'électorat. Le journaliste Patricio Navia compare d'ailleurs les figures de H. Chavez et R. Lagos, ex président du Chili, et signale que le succès de R. Lagos réside plus dans sa gestion et ses mises en œuvre quotidiennes pour améliorer la condition de vie des chiliens que dans sa doctrine et son positionnement comme figure politique en Amérique Latine. Les gouvernements de centre gauche sont confrontés à une économie ultralibérale, où l'Etat n'assume qu'un faible rôle de régulation.Encore plus pragmatique, le gouvernement de Nestor Kirchner doit entreprendre la reconstruction de l'Argentine au lendemain d'une profonde crise économique. N. Kirchner, considéré comme un homme de gauche, est toutefois dans la lignée du péronisme classique. Selon le maire de Rosario, Hermes Binner, il manque à Kirchner toute une dimension sociale dans ses discours et un programme spécifique afin de réduire les inégalités criantes qui existent en Argentine. Le président argentin peut se définir donc comme un pragmatique social-démocrate, qui doit jouer entre les exigences économiques et les nécessités sociales du pays.


La gauche latino-américaine est donc multiple, plurielle, divergente souvent. Selon Roberto Lavagna, ce qui les unit, ce pourrait être un certain rejet du néolibéralisme qui accroit les inégalités sociales. Sinon en effet, les différentes tendances au pouvoir en Amérique Latine sont extrêmement diverses, variés, mais pas irréconciliables. Il existe en effet une certaine tendance à l'intégration régionale, qui pourrait être le début d'une réelle indépendance de la sur le plan économique, et la base pour des politiques sociales et culturelles communes pour combattre les fléaux tels que la pauvreté qui font encore des ravages au sein de ce continent.

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