
Par Hugo Bruel
Cet article est en quelque sorte inspiré de l'éditorial Pologne parano d'Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique d'avril 2007. Cet auteur s'inquiète des mesures gouvernementales de la Pologne gouvernée par le conservateur L. Kaczynski à propos notamment du passé communiste des fonctionnaires publics.
Partons du fait : Le gouvernement polonais a fait voter une loi de « lustration » qui impose aux contemporains du régime communiste de déclarer s'ils ont collaboré ou non avec le gouvernement. Les formulaires remplis seront confrontés aux archives et les autorités pourront dès lors évaluer la culpabilité des sept cent milles polonais concernés par l'affaire.
Cette loi qui fait penser à un certain Big Brother est en quelque sorte un signal d'alarme, qui montre en quoi la Pologne s'éloigne de la voie du progrès social dans laquelle elle s'était engagée dès la fin de la guerre froide. Ce pays pourtant c'est caractérisé pendant la deuxième moitié du XXème siècle par un esprit critique, une résistance à l'autoritarisme. Staline à dit des polonais, peu après la formation des républiques populaires d'Europe de l'Est, qu'ils formaient un peuple avec une forte propension à la révolte. En effet la Pologne a été des années cinquante jusqu'en 1989 à la pointe de la contestation. Dès 1956, elle faisait parler d'elle, quand les pressions populaires avaient placé Gomulka à la tête du pays, montrant l'exemple à la Hongrie particulièrement, dont l'expérience se termina en un bain de sang. Gouvernée d'une main de fer par ce même Gomulka pendant les années soixante, Ce grand pays d'Europe centrale amorce tout de même un divorce marqué entre l'Etat (autoritaire) et la nation polonaise, et ce pour plusieurs raisons. La Pologne est un pays très fortement marqué par la tradition catholique, ce qui entre en contradiction totale avec l'athéisme prôné par le gouvernement communiste autoritaire en place. La visite d'un pape compatriote en juin 1979 ne fait que renforcer ce mouvement d'espoir de libération et dynamise la contestation. Les croyants et ecclésiastiques, en grand nombre en Pologne ont contribué à affaiblir le bloc communiste qui tombera plusieurs années plus tard.
L'ère post socialiste pour la Pologne se caractérisa par la reconversion à une économie de marché libérale, et de profonds bouleversements sociaux communs aux autres anciens pays du bloc de l'est. La politique extérieure fut par ailleurs marquée par un éloignement de la Russie et un rapprochement avec l'Union Européenne... et des Etats-Unis. Ces dernières années, la Pologne a cependant multiplié les signes d'enfermement politique, social et moral. En plus de cette loi qui rappelle grandement le maccarthysme des années cinquante aux Etats-Unis, le gouvernement conservateur tient des propos homophobes voire antisémites... ce qui le positionne bien loin de la tolérance et des droits de l'homme prônés par l'Union Européenne, organisation qu'elle a rejoint en 2004. En plus de cela, la Pologne s'est vue accusée d'être complice de la CIA concernant les affaires des suspects terroristes enlevés, mis au secret et transférés aux Etats-Unis (elle aurait permis aux autorités américaines d'utiliser les aéroports du territoire). Quand à son appartenance à l'OTAN et sa fidélité avec la politique de sécurité américaine, elle se doit sans doute en partie au traumatisme du pacte de Varsovie et de la dépendance militaire envers Moscou qu'elle a mal vécue. Elle met cependant en danger les tentatives d'approfondissements de l'Union Européenne, particulièrement dans les domaines de politique extérieure.
Espérons que l'intérêt communautaire reprendra le dessus... en Pologne comme ailleurs, et que les valeurs que prône l'Union Européenne resteront ancrées dans les mentalités.

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